J’étais
finalement venu la voir... Elle s’était montrée
au travers d'une vitre d'escalier qui m'en donnait une
vision trouble et déformée. Bien que j’eusse
l’appareil à la main, je n’eus pas
la présence d’esprit de prendre un cliché.
Je n’arrêtais pas de la regarder comme hypnotisé
sans pouvoir la détacher de mes yeux. Je la trouvais
large de cuisse, aucune finesse corporelle, un gros tas.
A l’interphone, je lui avouai l’avoir imaginé
autrement. Alors, elle s’énerva et me renvoya
dans la chambre meublée que j’avais louée
pour la semaine.
Le
lendemain, quand j’ai vu qu’elle descendait
avec Eraya par l’escalier en colimaçon pour
aller chercher les paquets que j’avais laissés
au bas de chez elle, j’ai pas voulu profiter pour
la voir à la dérobée en pleine lumière
et avant qu’elles ne mettent les pieds dehors, je
m’étais enfui en contournant la villa. De
son image derrière la vitre déformante,
comme je regrette de n’avoir rien conservé
! Comme elle ne correspondait pas à l'idéal
d’Antéa, je n'avais pas fixé son image
sur la pellicule pour l’éternité.
Depuis lors, elle n'avait plus moyen de me joindre. J'espérais
tant qu'elle m’appellerait. Je ne voulais pas m'abaisser
à le faire, je voulais qu'elle se dise... qu'elle
pense au pire, mais elle était bien loin de se
soucier de moi. Je l'aimais toujours, bien que je susse
que ce n’était pas réciproque. J'avais
envie de la supprimer d'une balle de revolver un jour
où elle sortirait de chez elle, pensant à
la nouvelle intrigue amoureuse qui lui tiendrait à
coeur. Et juste après, m'en prendre à moi-même.
Tous les deux gisant l'un sur l'autre sur le trottoir.
Et cela afin qu'elle ne connaisse plus les joies de l’amour
avec un autre que moi. Que personne ne la rende jamais
plus amoureuse !
Elle m'avait dit que ma venue n'avait rien représenté
pour elle. Les cadeaux apportés, les poèmes,
les nouvelles non plus et ma vie encore moins !
Combien d’hommes n’auraient eu pour seule
envie que de se la tirer ! Moi, je ne voulais qu’être
abreuvé de son amour. Je gardais pour elle ma passion
intacte parce qu’elle était la seule dont
j'avais le souvenir d’avoir été aimé.
Mais pourquoi n'aimerais-je pas une autre fille qui me
témoignerait de l'amour ?
Je croyais me montrer fort en n’étant plus
joignable mais je pensais à elle perpétuellement.
Je répétais à voix haute son prénom
comme d'autres auraient prié leur Dieu. J'étais
tenu, trituré, mangé à sa sauce.
Je voulais en finir pour ne plus penser à elle
pour qui je n'étais rien qu'un homme raté
dont elle ne voulait même pas pour compagnie, qu'elle
préférait tenir éloigné d'elle.
A la première anicroche, je m'en irai, je fuirai
comme un lâche. Oh oui, et jamais elle ne me retrouverait...
Avant que je ne revienne vers elle. Fasciné, détruit
à l'intérieur, dévoré par
une passion morte, rendue vivante par une folle espérance.
Je n'en pouvais plus d'avoir envie de chacune d'elles
que je m'efforçais de ne plus les voir. Il y avait
des moments où j'avais presque la clé pour
me détacher d'elle, me faire une raison. Mais,
il arrivait que la porte se rouvre avec fracas et tous
les souvenirs de ses mots doux me fracassaient l’esprit.
Je rêvais, qu'à ma prochaine venue, je sois
assis sur le banc prés d'elle à la fixer
dans les yeux sans qu'elle détourne son regard
devant ma laideur. J'avais eu tellement peur de voir en
face celui qui avait connu dans la chair celle que j'avais
tant aimée et qu'il avait eu pour rien. J'enrageais
à le maudire. Elle représentait tout pour
moi et elle n'avait même pas voulu m'approcher.
C'était vraiment trop injuste. Ce devait être
son physique de footballeur qui faisait la différence.
Moi, je faisais bien trop jeune ! Ou encore avait-elle
couché avec lui simplement parce que c’était
le copain de Danaé !
Pour moi qui n’aie rien vécu, si la fin du
monde survenait, je serais le plus heureux des hommes
car je verrais des couples se défaire, des amoureux
éperdus se perdre.
Je voulais vivre l'amour sans faire d'efforts pour autre
chose. J'avais tant investi en elle qu’il me semblait
impossible de l’oublier. Comme j'aurai voulu être
renversé par un camion ou encore, être atteint
par une balle perdue comme celui qui dit la légende,
a bu dans le crâne de Nostradamus. Que j'étais
mal ici-bas à continuer d’espérer
!
Il y avait cette fille, la soeur d’Adonis avec qui
je m’entendais bien mais avec la peur de tomber
amoureux d'elle en désespoir d'Antéa. Me
retenant de l'appeler parce que ce n'était pas
nécessaire ou peut-être lourd de conséquences
bien que je visse mal comment elle aurait pu éprouver
des sentiments pour moi puisqu’elle m’avait
déjà repoussé deux fois par le passé.
J’avais aimé la personne qu’il ne fallait
pas. Et puis même, je n'avais de toute façon
aucun droit de tomber amoureux dans ma position lamentable
d’allocataire du RMI. Quand j'étais en relation
avec une femme, je me croyais tout permis mais là,
je ne reportais pas mon amour, pas encore du moins. Un
peu d'amour, juste un petit peu pour une fois. Un appel
auquel Danaé ne devait pas répondre. Des
mots qui ne devront pas être échangés
car je ne lui apporterais comme à Antéa
que du malheur. Et ce serait vraiment trop simple pour
elle de me séduire, me sachant en quête amoureuse.
Garder l'esprit reposé, libre... Enfin pour combien
de temps encore ! Jusqu’à qu’Antéa
me revienne!