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HISTOIRES D'AMOUR
 
 

Les conséquences d’un oubli

« Enchantée de vous rencontrer, cher Maître.
- Moi de même, avez-vous fait bon voyage ?
- A vrai dire un peu précipité mais je suis curieuse d’apprendre les raisons qui ont poussé cet homme à me léguer ses biens sous couvert d'anonymat.
- C'est la seule condition à respecter si vous souhaitez en hériter.
- Hé bien, soit ! Qu’il emmène son nom dans la tombe !
- En ma qualité d'exécuteur testamentaire et selon l’acte notarié que voici, acceptez-vous de recevoir son héritage ?
- Oui !
- Veuillez bien apposer votre signature au bas de l'acte.
- J'aurais tellement aimé savoir qui il était !
- Allons, ne revenez pas dessus. Je vous ai dit qu’il ne souhaitait pas se faire connaître de vous.
- Puis-je au moins savoir comment est-il mort ?
- C'est le coeur qui a lâché. Il a été retrouvé inerte assis sur son canapé, devant sa télévision, la télécommande du magnétoscope serrée dans sa main.
- Comment était-il ?
- Il était de taille moyenne, la quarantaine, il accusait un profil bas et entretenait une timidité maladive. Il avait été d'une sensibilité extrême mais ensuite, il avait été brisé par les remous de la vie. Alors, pour se protéger, il portait une longue cape et se drapait d'un voile d'indifférence quand une femme cherchait à s'intéressait à lui.
- Et que me lègue-t-il au fait ?
- Cet appartement où il vivait depuis peu, domicilié au chemin huit des Coeurs Brisés, ce qui étrangement résumait fort bien le personnage.
- Huit est mon chiffre préféré.
- Et les coeurs brisés, ce qu'il reste de vos manigances avec les hommes, m'a-t-il semblé comprendre !
- C'est vrai que je me soucie peu de mes ex. Quand je sens un homme fragile et sensible, je mets tout en oeuvre pour le séduire mais quand il craque enfin pour moi, il ne m'intéresse plus. Je me tourne alors de préférence vers un homme véritable dans tous les sens du terme : viril, conquérant et qui me soutienne dans l'adversité. Il s’agit donc d’un de mes prétendants éconduits. Le pauvre petit qui n'a pas su m'oublier !
- Oui, fidèle jusque dans la mort !
- Mis à part son anonymat, il n’a émis aucune autre condition ?
- Aucune autre. Pas même que vous portiez le deuil. Par son extrême bonté, il a même réglé les frais de succession pour que vous n'ayez rien à débourser.
- Quel brave homme bien que trop bon à mon goût! Mais, cher maître, vous n'ignorez pas que les dernières volontés d'un défunt ne sont que formelles ! Je pourrais me montrer très reconnaissante si vous me révéliez son identité.
- Non, je regrette. Je m'en suis porté garant, il y va de l’honneur de ma profession ! Et pourtant, vous n'imaginez pas combien j'aimerais vous le dire pour qu'à son souvenir, vous souffriez qu'il vous ait tant aimé jusqu’à en mourir.
- Mais, que pouvais-je donc faire, me forcer à lui dire des mots d'amour que je ne ressentais plus ? Les hommes s'imaginent toujours qu'on va les aimer toute la vie.
- C'est seulement qu'il m'a ému de tout cet amour qu'il avait pour vous. »
Vexée, tu as porté à tes lèvres le stylo-bille que tu tenais à la main. Tu as mordu dans le capuchon du stylo pour en détacher le tube et tu as signé au bas de l'acte en ajoutant :
« Finalement, vous avez peut-être raison, il est préférable que je ne me souvienne pas de lui.
- Bien dit-il, voici les clefs du studio, profitez de son bien. Je ne vous raccompagne pas, adieu mademoiselle »
À peine entrée dans l'appartement, tu te sentis mal à l'aise à l'idée que son fantôme pouvait encore rôder. Malgré l'atmosphère pesante, tu fis un inventaire succinct du mobilier présent. Attirée par l’équipement vidéo, tu choisis de l’emporter, pensant qu'il pourrait toujours servir un jour. À peine l’as-tu installé dans ton coffre que tu quittes les lieux ne préférant pas t’éterniser. Avant de prendre le chemin du retour, tu confies à une agence le soin de vendre l’appartement.

Un mois plus tard, ton compte fut crédité d’une belle somme. Tu l’investis entièrement pour acquérir à crédit une belle villa avec piscine rasante sur les hauteurs de Marseille. La vue sur le vieux port était magnifique et les senteurs de poissons du matin, tout était tel que tu l’avais toujours imaginé. Tu étais heureuse de voir tes enfants grandir dans un lieu d’où on pouvait apercevoir près de la moitié de la ville et la mer azur sous l’horizon.

Les années passèrent et un dimanche matin où tu regardais un vieux film américain que tu avais enregistré la veille sur le complexe vidéo high-tech, la lecture de la bande s'arrêta, la cassette fut éjectée et le mange cassette refusa obstinément de la reprendre, marquant erreur fatale. Alors, il te vint l'idée d'utiliser le vieil équipement vidéo que tu avais récupéré près de dix ans plus tôt. Tu appelas tes enfants et ceux-ci se précipitèrent pour obéir à leur maman chérie. Damien était le bout en train et son petit frère, Maxime le suivait comme son ombre dans toute la maisonnée. Pour la première fois, tu extirpas la clef de la chaîne que tu portais autour du cou et la leur remit. Enfin, ils allaient pouvoir visiter ce grenier qui depuis tant d'années, les préoccupait. Mais leurs espoirs furent déçus, ils n’auraient pas le temps d’explorer les lieux. Ils devaient trouver dans une vieille malle en osier, un grand sac poubelle dans lequel était emballé un vieux magnétoscope. Ils eurent envie d’ouvrir les autres malles mais devant ton insistance à leur demander s’ils l’avaient trouvée, ils durent redescendre. Ils raccordèrent les fils du vieux magnétoscope à la télé high-tech, mais dés qu'ils le mirent sous tension, apparut, en lettres détachées sur l'écran, ton prénom en surimpression d'un documentaire sur l’île Sainte Lucie.
Intéressée, tu dis aux enfants de ne pas la retirer tout de suite. La bande continua à défiler et ton prénom disparût. Mais trente secondes plus tard, se dessina à l’écran un coeur formé de petits carrés blancs et en son sein, s’inscrivirent successivement les lettres de ton prénom, suivies du signe plus et sur la ligne d'en dessous, d'autres lettres se succédèrent pour former un prénom masculin qui te projeta plusieurs années en arrière. Tu as pensé à lui un court instant, essuyant une larme au coin des yeux avant de réprimer un sourire espiègle et mélancolique. Ne te souvenant plus de son nom de famille, tu te souvenais d’une lettre que tu ne lui avais jamais envoyée. Tu l’avais écrite suite à un de ces courriers qui t'avait émue. Tu lui accordais le droit de te téléphoner et de t’écrire comme au temps passé mais après l’avoir cachetée, tu ne l’avais pas postée de peur qu’il t’envahisse de nouveau. Tes enfants furent ravis d’ouvrir toutes les malles en osier et les vieilles commodes. Finalement, tu la retrouvas perdue au milieu d’un paquet de lettres retenues par un élastique qui cassa immédiatement. Il y avait aussi quelques photos de lui toutes écornées et jaunies par les années.

Dés le lendemain, tu es montée à bord d'un alpha jet à destination de la ville où il s'était éteint, empreint de ton souvenir. Tu as consulté les registres des cimetières et des jardins du souvenir mais ils ne portaient pas la moindre trace du nom recherché. Il avait vécu là comme un être déraciné, sans attaches aucune. Pensant à un subterfuge, tu es allée dans sa ville d'origine et ses alentours. Cette fois-ci, il y avait bien des tombes au même nom mais avec des prénoms différents. De plus en plus intriguée, tu as confié l’affaire à un détective, le chargeant de retrouver sa trace. Au bout de quinze jours, il te donna les résultats de son enquête :
« Madame, ça y est, j'ai retrouvé notre homme.
- Rassurez-moi, il n'est pas mort, n’est-ce pas ?
- Pensez-vous, il n'a même pas cru bon changer de nom ! Il est bien vivant comme vous le pensiez.
- Ainsi, il saura qu’on ne me trompe pas facilement.
- Surtout qu’il habite à Marseille, je vous envoie immédiatement son adresse par fax avec ma note de frais. »
Le papier est sorti de l’imprimante. Tu as suivi des doigts son prénom, son nom, son adresse sur la feuille. Tu as trouvé le nom de l’avenue sur la carte de Marseille, mais comme c'était dans la banlieue, tu n’avais pas trop envie de t’y précipiter. Cependant, comme tu te sentais quelque peu redevable, tu as fait contre mauvaise fortune bon coeur. Le temps de prendre une douche pour te raviver et de te vêtir chaudement pour te protéger du froid hivernal. Arrivée au numéro indiqué, tu t’es précipitée dans le bâtiment sali, taggé et délabré et ô miracle, une boîte aux lettres à son nom, mais quelque peu défoncée existait bien ! Tu as relevé le numéro d’étage. Pour te préparer aux retrouvailles, tu es montée par l’escalier. Mais arrivée au pallier, tu ne voyais toujours pas quoi lui dire après toutes ces années. Tu as sonné à sa porte l’esprit joyeux de lui faire une si agréable surprise. Finalement, c’était bien toi qui avais triomphé de sa manigance !
La porte s’ouvrit.
« Coucou mon Gémani ! » as-tu lancé en me reconnaissant malgré les années.
Je m’écartai de la porte d’entrée, abasourdi.
Tu fis quelques pas avant de t’asseoir nonchalamment dans le fauteuil, les jambes sur l'accoudoir, le regard fixé sur moi.
« Quel bon vent t'amène, Antéa ? fis-je comme si de rien n’était et que je m’attendais à ta visite.
- Le vent glacé de l’hiver. Je passais par là et puis en voyant ton nom sur la boîte aux lettres, je me suis souvenu de toi et j’ai eu envie de te faire la surprise. »
Il y avait une longue vue sur un trépied aux abords de la fenêtre. Tu t’es levée. Tu as mis ton oeil dans la lunette. Tu as reconnu ta maison avec ses immenses portes vitrées et les abords de ta piscine avec le vieux chêne qui masquait un pan entier de la maison.
« Ah Gémani, tu n’as donc pas su m’oublier !
- Mais, comment m'as-tu découvert ? Tu ne pouvais pas me voir. Je suis à plusieurs kilomètres de ta maison et la vitre est opaque de l'extérieur. Je suis même sur liste rouge et je ne reçois jamais personne.
- C'est vrai que ça n'a pas été facile mais on ne me trompe pas facilement, l’aurais-tu oublié ?
- Pourquoi venir me revoir après toutes ces années ?
- Tu ne le devines pas ? »
Tu ouvres ton manteau et le laisses tomber à tes pieds. Te voilà présentée nue devant moi. Il ne manque qu'un plateau en argent. Tu t'allonges sur le lit et en tendant les bras vers moi, tu m’invites à te rejoindre par ce mot tant attendu :
« Viens !
- Tu es mariée, Antéa !
- Qu'est-ce que ça peut faire !
- Tu risques de le regretter !
- Non, je ne pense vraiment pas. En tout cas, ce dont j'ai envie maintenant, c'est de coucher avec toi. Je ne m'étais pas rendu compte combien tu me désirais et cela a fini par me toucher, même des années après.
- Je suis étonnée que tu retombes amoureuse de moi après toutes ces années d'oubli !
- Amoureuse, c’est un grand mot! J'ai seulement envie de me retrouver dans tes bras, que tu me touches, que tu me prennes enfin comme dans tes rêves. Je ne sais pas ce que ça signifie mais j'ai envie de t'ouvrir mes cuisses, que tu viennes tout contre moi me faire des bisous.
- Mais si tu m'appartiens quelques minutes, comment ferais-je ensuite pour ne pas souffrir de ton départ ?
- Je t'apprendrai à séduire les femmes, je ferai ton éducation sentimentale.
- On ne fera l’amour qu’une seule fois, n'est-ce pas ?
- Peut-être pas. S'il me plaît de sentir ton sexe venir entre mes cuisses, si tes caresses sensuelles et tes baisers langoureux m'ensorcellent, si tu me sensibilises à des déhanchements frénétiques, si tu me fais connaître des orgasmes répétés, si tu me subjugues de ta passion, je pourrais peut-être envisager de te prendre pour amant, on verra, ça dépend de la manière dont tu vas t’y prendre. Pour l'instant, je suis trop en manque de ton sexe réprimé pour t'afficher quelque sentiment que ce soit. »
Devant si belle invitation, je fus prompt à te satisfaire de toute cette passion emmagasinée depuis tant d'années. Dans l'ivresse de ses fragrances, j’effleure lentement du bout des doigts ta bouche, puis ton menton, ton cou, ta poitrine, ton ventre jusqu'à tes hanches que je soulève pour embrasser ta toison fleurie. Puis je remonte à contre sens du bout de la langue, jusqu’au nombril en ramenant tes genoux tout contre ton ventre et je m’applique à tes seins dont je mordille les extrémités l’une après l’autre. Je laisse tout mon poids venir sur toi. J’approche du cou, les lèvres frémissantes en te sentant parcourue de frissons, je contourne le menton et je contemple ton visage, les yeux fermés en attente de mes baisers. Alors, je m’écarte, me redresse, me mets à genoux et redépose mes mains sur toi, mais plus fermement, aggripant tes seins que je malaxe presque et me risque ensuite à redescendre jusqu’à venir friser à peine ta toison pubienne du plat de la main et frotter l’endroit. Du jeu de mains sur ton corps, tu atteins la plénitude des sens pendant que tu perds ton seul intérêt pour moi. Je ne termine pas l’ouvrage, te couvre du manteau bien épais, te redresse. Tu rouvres les yeux quelques peu étonnés. Je t’enfile les manches et te reboutonnes pendant que tu me laisses faire complètement anéantie. Je rassemble mes dernières forces pour te faire avancer jusqu’à la porte, l’ouvrir et rejette l’objet de mes rêves maintenant qu’il a perdu sa saveur inconnue. Je t’entends gratter à la porte, t’abîmer les ongles contre le bois à défaut de mon corps. Mais tu es déjà loin de mes pensées et je ne désire pas te connaître davantage. Je ne peux briser mon intimité, mettre en péril ma tranquillité, goûter au réel après tant avoir pris de l’imaginaire. Même s’il me plaît d’entendre tes plaintes qui témoignent de ton attachement à moi, je me dois de protéger ma bulle, de conserver mon énergie, de ne pas l’éparpiller et me perdre! Quand tu te seras lassé d’attendre et que tu partiras, je pourrais à nouveau focaliser mes pensées vers toi. Toujours intacte à mes yeux même si je t’ai approchée, femme qui doit rester un idéal inaccessible pour continuer d’en rêver.

Natasha St Pier : Je te souhaite


Commentaires : Vouloir faire le bonheur de l'autre, se sacrifier et donner son argent à celui qui ne veut pourtant plus de nous. Mais comme on l'aime, on voudrait qu'il soit heureux, qu'il ait la vie facile. Un peu comme une mère ou un père qui vont veiller sur leur enfant.

En sera-t-elle reconnaissante, on peut toujours l'espérer mais ce n'est qu'une vaine illusion.

Elle revient voir celui qu'elle avait abandonné et dont elle se sent un peu responsable. Elle lui offre un moment d'amour. Il la caresse mais refuse de la goûter, pour continuer d'exister en rêve, il ne doit pas savourer l'original.

Fantasmer crèe certaines créations dans le mental qui sont nuisibles: Le Danger des Effigies Mentales.

Quelques questions pour voir si c'est des réponses que vous cherchez :

N°21 - Donner tous les étages du Macrocosme au Microcosme

N°22 - En quoi consiste la doctrine des Multiples Moi ?

N°23 - Comment Meurt-on ?

N°24 - Comment Nait-on ?

N°25 Certains Ego sont plus résistants que d'autres. Comment peut-on obtenir leur décapitation radicale ?

Si vous voulez connaître les réponses :

21 à 25 - Macrocosme et Microcosme, Doctrine des Mois, Révolution de la Conscience


 

 
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Table des matières : 
Une passion dévorante
Les apparitions fantomatiques
Psychothérapie amoureuse
La confession de Méphisto
Les conséquences d'un oubli
Une si vague idée
Les mensonges du passé
Voir plus grand
La ballade de Méphisto
La tache rouge sale
Un ligand d'éternité
Génération "love in fun"
Les délires de Morphée
Qui ne dit mot consent
La fiancée de Gulliver
Les gestes de la passion
Le vertige du désir
Le monstre qui se cache
De la technologie à l'amour
Séquestration abusive
Une lettre pour te dire
Approche détournée
Pomme d'Amour
Ce qu'il m'en reste
Les sauveurs du monde
Un remords perpétuel
L'hôtel des plaisirs
Un harem chez les amazones
Les corps emmêlés
Inoubliable
Douze ans que ça durait déjà
Au bout de la vallée calcinée
La chute des souvenirs
Au pays des géants
L'oncle d'Amérique
Astral Voyager
Le matelas vibrant
Les retrouvailles séniles
Le ballet de la plage
Victime d'amnésie
Apothéose
Scènes omises