Je
marchais au milieu de mannequins à la démarche
masculine. Elles portaient des tenues légères
agrémentées d’artifices. On était
en plein été. Je m’amusais à
passer et repasser dans le quartier où elle habitait.
C’était peut-être elle qui me regardait
avec convoitise. Elle devait avoir son âge. Elle
avait des formes masculines. Elle était assise
sur le perron de son immeuble.
Alors, je me suis approché d’elle. Ses yeux
se sont illuminés. Je lui ai demandé sa
main et la voyant accepter, l’ai invitée
à parader avec nous. Nous étions en tête
du cortège. Elle dépareillait tellement
que les gens n’avaient de yeux que pour elle. Voyant
la mer, tout au fond de la longue avenue, j’ai ébouriffé
ses cheveux pour la taquiner un peu et j’ai couru
au devant d’elle. Dans ma course effrénée,
je me retournais et la voyais peiner pendant que mes superbes
filles aux formes élancées, la dépassaient
allègrement. Elle s’est arrêtée
brusquement tiraillée par un poing au côté
et n’a plus avancé qu’en se traînant
péniblement. Quand elle arriva enfin sur la plage,
mes superbes étaient toutes autour de moi comme
des pétales de roses alanguies sur le sable chaud.
Elle enviait les demoiselles aux couleurs épicées
qui me savouraient du regard comme si j’étais
leur mentor. Elle était un peu en retrait et nous
suivait à pas comptés. Je pataugeais avec
mes femmes quand je me suis souvenu d’elle. Elle
fut toute heureuse que je lui reprenne la main. Cette
fois-ci, je l’ai fait tournoyer autour de moi en
la tenant des deux mains tandis que les belles jeunes
femmes faisaient la farandole dans le sens contraire.
L’impression de vitesse excessive de rotation la
fit se sentir mal. Sa tête tourbillonnait, elle
voyait des étoiles, j’en profitais pour la
lâcher. Elle perdit l’équilibre et
s’écroula lourdement sur le sol comme si
elle avait pesé dix fois son poids.
Je
profitais de son état d’hébétude
pour la dévêtir. Mes belles l’affublèrent
de colliers de fleurs tressées et de coquillages.
Sa nouvelle parure lui donna des ailes. Elle s’est
mise à danser au rythme des vagues comme une vahiné.
Comme soumises aux éléments, elles vinrent
s’agenouiller autour d’elle en la louant de
la main pour lui rendre hommage. Elle sentait ses seins
devenir fermes, des vagues de chaleur l’envahir,
des frétillements le long des cuisses sous les
caresses expertes des demoiselles. Elles l’ont élevée
dans les airs et sont venues me l’offrir en la jetant
en boule à mes pieds. Comme une danseuse étoile,
elle se déplia, leva ses yeux vers moi, et d’un
saut, se pendit à mon cou en pliant ses genoux,
les talons sur les fesses. Elle était comme un
poids mort qui voulait m’emporter.
Je desserrai son étreinte la laissant choir violemment
sur le sable et m’en retournai vers mes belles.
Elle resta interdite, la poitrine généreuse
bien qu’un peu recroquevillée sur elle-même.
Se refusant de montrer à tous combien elle tenait
à moi, elle me regardait partir en charmante compagnie.
Elle se lova dans le sable en ramenant le sable humide
sur elle. Et ainsi parée de paillettes étincelantes,
elle s’élança à ma poursuite
et dans un dernier élan, se projeta sur moi, jambes
en avant. La violence du choc fut telle qu’on fit
des tonneaux pendant plusieurs mètres. J’avais
terminé sur le dos tandis qu’elle me tenait
toujours solidement par ses larges cuisses autour de ma
taille. Elle a enfin desserré son étreinte,
[scène omise] Elle ferma les yeux et serra fortement
les fesses avant de s’écrouler sur moi.
Quand elle rouvrit les yeux, elle se leva et s’enfuit
à toutes jambes au travers des rues de Marseille
vêtue simplement de colliers de fleurs et de coquillages.
Elle faisait des sauts comme une danseuse ballerine. On
aurait dit qu’une main invisible la sustentait dans
l’espace.