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HISTOIRES D'AMOUR
 
 

Les corps emmêlés



Mort vivant, je maudissais le ciel qu'il ne m'ait pas rappelé. Elle n'avait plus été là depuis si longtemps déjà ! Plus rien, s'était-elle mariée rompant tous les ponts avec son passé ? Je l'ignorais. À peine son prénom m'effleurait-il les lèvres que je me retenais de le prononcer mais il me revenait toute la sainte journée comme une malédiction. Il y avait ces moments où je prenais mon envol, mais au lieu de partir loin, je restais là, flottant entre deux mondes ne sachant lequel rejoindre et finalement je revenais ici-bas. Cela faisait si longtemps qu’elle ne se préoccupait plus de moi !

À peine le tintement de la sonnerie me parvint-il que machinalement j'allai ouvrir la porte me préparant à éconduire quelque représentant ou missionnaire que ce soit. Mais, je me trouvais en face d'une jeune femme superbe, bien en jambes et plutôt bien faite. Comme elle ne disait rien et qu’elle noyait son regard dans le mien, j'étais emprunt au plus grand étonnement. J’ai relevé les sourcils. Elle s’est mordu la lèvre inférieure. Je n'osais rien lui dire bien qu'intrigué par son silence. Elle s'avança vers moi, toute rougissante, sa poitrine allant jusqu'à me frôler, m'étreignit avec insistance et me prit la main en fermant la porte d’entrée de l'autre.

Elle s'égara dans la salle à manger avant de revenir sur ses pas et trouver le chemin de ma chambre à coucher où elle me fit m'allonger sur le dos. Elle me recouvrit aussitôt en posant affectueusement sa tête au creux de mon épaule, en essayant de rendre apparent tout l'amour qu'elle semblait vouloir m'offrir. Totalement détendu, je fermai les yeux pendant qu'elle serrait toujours ma main dans la sienne. J'entendais battre son coeur irrégulièrement et sa respiration était saccadée comme emprise à une trop grande émotion.

Pas un seul mot n’avait encore été échangé. À peine avais-je desserré mes lèvres qu’elle avait porté son index aux siennes puis aux miennes pour m'intimer de prolonger le silence. Du bout de ses doigts, elle suivait le contour de mes gencives au contact desquelles ils s’humidifiaient. En portant ma tête en arrière, je lui montrais ouvertement l’émotion qui me gagnait par ses attouchements. Les mots s'effaçaient de mon esprit, le vide si longtemps ressenti se comblait par son milieu. Je rouvris les yeux pour ancrer dans ma mémoire ce moment merveilleux où elle semblait ne tenir qu'à moi. Elle était maintenant juchée au niveau de ma taille me chevauchant fièrement. Bouche entrouverte, elle hochait la tête d’avant en arrière en faisant agiter sa poitrine de bas en haut dans un mouvement parfait. Puis elle prit mes mains dans les siennes pour les déposer dans son dos et ainsi me signifier qu’elle voulait que je la ramène contre moi.

Elle me recouvrit complètement de son corps en passant ses bras dans mon dos. Elle engagea un mouvement de retournement pour se retrouver sous moi et que je la domine mais elle avait mis tant de force que nous sommes tombés du lit. Dans notre chute, manquant de se faire mal aux fesses, elle éclata de rire, de ce rire en cascade qui me rappelait tant de moments si doux. Je me surprenais à humer la fragrance de sa peau quand elle me fit un suçon dans le cou. Je desserrai son étreinte farouche pour me relever indemne, l’invitant de la main à soulever sa lourde carcasse endolorie. Mais légère comme une gymnaste, elle me sauta au cou en entourant ma taille de ses jambes qu'elle croisa dans mon dos. Il aurait fallu dix hommes pour la séparer de moi. Prêt de m'évanouir à cause de son étreinte si forte, je me laissai tomber à la renverse sur le lit, grisé d'émotions et de chaleur. Elle éteignit la lampe de chevet. Elle s'employa ensuite à dévêtir nos deux corps étendus malgré la difficulté de déboutonner des vêtements dans l'obscurité.

Malgré la situation, ses courbes parfaites, sa taille fine et sa poitrine généreuse, je n'avais guère d’excitation malgré la pression de son bas-ventre à mon entrejambe mais je devinais que cela lui était égal du moment que je la tenais dans mes bras. Ses mains caressaient mon corps traversé par des frissons à répétition. Plein d'amour, en extase, ne sachant plus ni qui nous étions ni ce que nous faisions, je me sentais me dissoudre en elle. Chacune des torsions qu'elle imprimait à nos corps me plongeait dans un chaos de plus en plus profond. Nous étions parmi les étoiles comme deux amants dans l'éternité. Nous étions projetés dans l'espace, des fosses sous-marines jusqu'aux sources jaillissantes, des vallées jusqu’aux crêtes des montagnes, des dunes du désert jusqu'aux étendues glacières des pôles, de la taïga sibérienne jusque dans la jungle amazonienne et à force tout se mélangeait : les visages des hommes esquimaux avec les faciès négroïdes de femmes africaines comme dans un kaléidoscope tridimensionnel. Nos pensées se mélangeaient. Il n'y avait plus qu'un être formé de l'enchevêtrement inextricable de nos âmes qui venait se montrer en surface. A mesure que je me vidais pour me répandre en elle, je me sentais connecté à chaque brin d'herbe, à chaque insecte des marais, à chaque animal de la terre comme si de nous émanait un puissant ligand réconciliateur avec la nature. Dans la fantasmagorie des éléments tournoyant sans cesse, on était en totale fusion harmonique et le monde tournait autour de nous.

Encore endormie au matin, je la contemplais dans son demi-sommeil, cette femme depuis si longtemps attendue qui m’avait ravi le temps d'une nuit d'amour. Dés qu'elle ouvrit les yeux, je compris par son regard qui me foudroya que c'était fini, déjà de l'histoire ancienne. Jamais, ô non jamais, je ne la contemplerais les cheveux au vent sur une plage ! Jamais dans la campagne, elle ne dévalerait la colline pour me tomber dans les bras. Jamais elle ne serait pour moi une femme attendrie, conquise et abandonnée à mes désirs. Jamais plus, je ne l'aurais à moi telle que je l’eus cette folle nuit. Cependant, elle a voulu rester quelques jours encore essayant de retrouver lors de séances érotiques les mêmes effets que notre première fois mais son ardeur n'était plus au rendez-vous et j'avais grande envie d'elle au point de bander à son toucher comme un illuminé, alors elle se laissait faire, l'esprit ailleurs faisant semblant d'éprouver quelque chose.

Une après-midi maussade, je la vis faire ses valises. Je l’ai accompagnée à la gare. Elle est montée dans le wagon sans même se retourner pour me faire un signe d'adieu comme certaine de me chasser bientôt de son esprit.

Par Danaé, j'appris toute sa vie durant quels hommes furent ses amants, qu'il semblait que j'étais sorti de ses pensées. Un nombre d’hommes hallucinant la courtisait. Je savais tout ce qu'elle faisait, qui elle aimait, qui elle voyait, j'avais même obtenu des photos d'elle qui peu à peu m’ont permis de la rejoindre en pensée sans même qu'elle s'en aperçoive.

L'argent lui venait tous les mois, elle ne savait même plus qui il fallait remercier. Et puis alors qu'elle fêtait ses cinquante ans, l'argent sembla ne plus venir. Cela fit comme un déclic dans sa tête et le printemps de ses dix-neuf ans au travers d'une centaine de lettres et plus encore de poèmes lui revint en mémoire, la venue de l'auteur le printemps de ses vingt ans bien qu'elle eût refusé de le recevoir et enfin l'automne de ses vingt-deux ans où elle se donna à lui corps et âme avant de repartir au bout de quelques jours.

Elle a parlé à Danaé de ses réminiscences. Celle-ci lui répondit qu'il était tant qu'elle se souvienne de lui. Elle lui montra les nombreuses lettres où il l'interrogeait pour savoir comment elle se portait. Attendrie par son souvenir et encouragée par son amie assez inquiète, elles sont parties voir le vieil homme. On leur fit savoir qu’il était à l'hôpital. Elles se précipitèrent, imaginant le pire. Et toutes deux sont tombées en larmes en apprenant qu'il était dans un coma avancé depuis déjà plus d’un mois.

Se repentant de l'avoir oublié depuis si longtemps, Antéa demanda à son amie ce qu'il était malgré tout encore possible de faire pour lui ? Danaé lui répondit de l'embrasser et de lui dire les mots d'amour tels qu'il aurait voulu les entendre d'elle de son vivant. Le visage embrumé de larmes, Antéa l'embrassa sur la bouche en lui soufflant un "Je t'aime" inaudible tellement sa gorge lui faisait mal à force de retenir ses pleurs.

Tandis qu'elle commençait à s’éloigner de lui en se mordant les lèvres de souffrance, Danaé lui dit qu'il lui avait semblé voir la main de l’homme tressaillir quand elle l'avait embrassé. Elle recommença donc et les paupières du vieil homme frémirent. Au troisième baiser, il écarquilla les yeux et reconnut le visage de sa princesse et derrière elle, sa dame de compagnie. Elles précipitèrent la fin du vieil homme en se succédant l’une après l’autre pour lui faire l’amour.

Amandine Bourgeois : When a Man Loves a Woman


Commentaires : Ici, l'acte d'amour touche l'extase, on découvre la magie sexuelle. Tout se fait même sans un mot. la rencontre des corps est magique.

Je regrette un peu d'avoir défiguré l'histoire de la princesse réveilée par un beau prince. Mae Culpa. Beaucoup parlent de Blanche neige comme d'un conte, d'un imaginaire mais c'est beaucup plus que ça. Les initiés qui connaissent la gnose pourraient déchiffrer la symbolique. Ha, mais que faut-il rechercher, décrypter, voici quelques éléments ! Arrivez-vous à décoder facilement ?

Passer sa vie à rêver du retour de l'être aimé qui un jour nous a quitté, ça peut paraître romantique mais ne faut-il pas accepter que l'autre n'a plus besoin de nous et le libérer en conséquence du carcan de notre obsession ?! Ne serait-ce que pour se libérer et pouvoir enfin vivre un véritable amour partagé et durable !


 
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Table des matières : 
Une passion dévorante
Les apparitions fantomatiques
Psychothérapie amoureuse
La confession de Méphisto
Les conséquences d'un oubli
Une si vague idée
Les mensonges du passé
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La ballade de Méphisto
La tache rouge sale
Un ligand d'éternité
Génération "love in fun"
Les délires de Morphée
Qui ne dit mot consent
La fiancée de Gulliver
Les gestes de la passion
Le vertige du désir
Le monstre qui se cache
De la technologie à l'amour
Séquestration abusive
Une lettre pour te dire
Approche détournée
Pomme d'Amour
Ce qu'il m'en reste
Les sauveurs du monde
Un remords perpétuel
L'hôtel des plaisirs
Un harem chez les amazones
Les corps emmêlés
Inoubliable
Douze ans que ça durait déjà
Au bout de la vallée calcinée
La chute des souvenirs
Au pays des géants
L'oncle d'Amérique
Astral Voyager
Le matelas vibrant
Les retrouvailles séniles
Le ballet de la plage
Victime d'amnésie
Apothéose
Scènes omises