Nous
étions accoudés à la terrasse de
marbre blanc et nous regardions deux cents mètres
plus bas les fourmis humaines qui s'agitaient. Elle s’est
tournée vers moi et m’a fait un sourire coquin.
Dans l’expression de son visage, il y avait plus
encore que de la malice. Puis, elle m'envoya chercher
un paquet de Gitane au tabac qui se trouvait derrière
nous.
Quand
je revins vers elle, je fus absorbé par son mignon
postérieur qu'elle faisait exprès de faire
ressortir pour aguicher son monde. Mon envie d'elle était
trop forte. Je l’ai entourée de mes bras
en venant me porter contre elle. [scène omise]
Je n'avais pas eu la claque méritée. Je
l'avais échappé belle. Elle était
devenue moins revêche que par le passé. Mes
mains ont pris appui sur ses seins, que j’ai massés
jusqu’à les sentir bien ferme. Ensuite, j’ai
caressé son ventre nu. Du bout de l’index,
j’ai taquiné l’anneau de son nombril.
Elle a écarté ses jambes. Finalement, j’ai
ramené mes mains sur ses cuisses. Là, j’ai
relevé sa robe courte sur la cambrure de ses reins
[scène omise] Finalement, elle me proposa de rentrer
chez elle pour que ce soit plus intime.
À
peine sommes-nous entrés qu'elle se dirigea vers
la salle de bain. Et lorsqu'elle tira la chasse d'eau,
elle me pria de venir prés d'elle de sa voix sensuelle
et mélodieuse. Quand j’entrai, elle était
accoudée nue contre le lavabo et me dévisageait
dans le miroir. Ses lunettes rendaient encore davantage
apparent sa sensualité. Je me suis dévêtu
rapidement, manquant de me faire un croc-en-jambe en voulant
retirer mon slip.
[scène
omise]
J’ai
pensé que nous n'étions plus vierges. Elle
avait tenu à ce que je sois le premier. Je comprenais
maintenant qu'elle avait tenu à moi car elle n'avait
pas voulu d'un homme qui ait déjà servi.
Elle était effondrée dans mes bras, son
front contre mon épaule [scène omise]
Je
désirais ardemment qu'on recommence dans sa chambre
à coucher mais elle ne voulait pas. Elle m'empêchait
de l’embrasser de nouveau en mettant sa main sur
ma bouche. [scène omise]
Le
lendemain, elle me demanda de passer la voir. Je fus quelque
peu surpris quand elle refusa que je m'approche d'elle
! Au lieu de cela, elle me remit une cassette qu'elle
me fit promettre de visionner sans faute dés mon
retour. Sur la cassette, je vis une femme aux cheveux
châtains, complètement nue,[scène
omise] en regardant les ébats prolongés
qui m'avaient uni à Danaé, ma prêtresse
de l'amour. [scène omise] Je comprenais enfin la
présence incongrue de cette chaise au beau milieu
de la salle de bain. Tout cela n'avait été
qu'une mise en scène savamment orchestrée.
[scène omise] Les deux se trouvaient dans le prolongement
d'un angle de vue partant de la baignoire. La glace qui
la surplombait, sans doute un faux miroir, avait servi
de paravent pour filmer toute la scène. J’entendis
frapper. Ne prenant pas la peine d'arrêter le défilement
des images érotiques, certain de me débarrasser
de la femme de ménage au plus vite, j'ouvris la
porte. Je tombais alors nez à nez avec la fille
de la cassette. Sans explication préalable, elle
s'invita toute seule en passant sous mon bras et en venant
prendre la place qui était la mienne sur le canapé.
«
Tu m'en veux ? Me dit-elle avec sa voix si reconnaissable
malgré les années accumulées.
- De quoi t'en voudrais-je alors que tu m'as procuré
tant de bonheur ?
- Et de souffrance quand j'ai refusé de te rejoindre
sur le banc !
- C'est que tu avais peur de succomber à mon charme
et de tout ce qui s'en suit, la souffrance de l'éloignement
de l'être aimé.
- Oui, tu me plaisais follement. Je voyais la passion
que tu nourrissais pour moi au travers des rideaux de
ma cuisine. Tu étais couché en bas de chez
moi, sur le trottoir d’en face et tu attendais interminablement
que je sorte.
- On avait des vues différentes sur la vie. Tu
adorais aller en boîte, multiplier les partenaires.
On n’était pas fait l'un pour l'autre, c'est
tout.
- Non, c'est faux. Des fois, je restais comme toi enfermé
chez moi sans sortir de la journée. J’éprouvais
seulement le besoin d’appeler quelqu’un au
téléphone pour ne pas me sentir seule.
- En vérité, dis-moi, qu’ai-je représenté
pour toi en ce temps-là ?
- Un amour, puis un divertissement, une tête de
turque même parfois. Te faisant croire que je t'aimais
pour mieux te déstabiliser au coup suivant. Ainsi,
j'ai fait mon apprentissage de séduction et plus
tard, j’ai pu manier à la baguette de vrais
hommes.
- Pourquoi ne t’es-tu plus occupée de moi
?
- Je suis allé très mal dans un premier
temps parce que tu ne me rappelais pas. Alors, je me suis
dit que tu m'avais trouvée moche à travers
la vitre de la montée en colimaçon. Alors,
je t'ai appelé une fois mais je n’ai pas
pu parler de crainte que tu m'en veuilles et j'ai de suite
raccroché. C'était trop d'émotion.
- Et donc, tu es restée tout ce temps-là
en contact avec Danaé sans que je le sache.
- Pas exactement en fait, c'est elle qui m'a dit qu'elle
t’écrivait toujours mais que dans tes lettres,
tu avais fini par ne plus parler de moi. Alors, j'ai usé
de ce stratagème pour te rappeler à mon
bon souvenir. Maintenant, si tu veux que je m'en aille,
dis-le-moi et je partirai. »
Je
restai muet, perdu dans mes souvenirs. Cela faisait bien
longtemps que je n’avais pas pensé à
elle. Danaé avait envahi mes horizons.
« T’as vu comme Danaé s’est montrée
cochonne ! reprit-elle.
- Je croyais qu'elle avait envie de moi par tous les pores
de sa peau. En fait, ce n'était que pour satisfaire
ta libido.
- Et moi, voudrais-tu me baiser pareillement ? [scène
omise]
- Non, mais ce que je veux au contraire, c'est voyager
à travers le temps, l'espace et les dimensions
supérieures.
- Tu m'emmèneras avec toi dans l'astral, dis ?
- Ne fais pas la sotte, je sais que tu n'y crois pas.
En vérité, Danaé me rend complètement
fou de désir tandis que tu ne me fais plus le moindre
effet. Mais je ne veux pas te faire de peine et si tu
t’en suffis, on peut redevenir simplement amis.
- Mais Danaé ne t'aime pas, tu sais ! Alors que
moi, si tu savais combien je t'aime, tu ne perdrais pas
ton temps avec elle. »
Et
elle tomba en larmes, se cachant le visage dans le coussin.
Comme c'était merveilleux de la sentir déstabilisée,
à moitié flétrie de désir
insatisfait. Maintenant qu'elle avait craqué, je
pourrais tout lui faire, elle ne pourrait plus rien me
refuser. Mais avais-je seulement quelque chose à
faire avec elle ? Pendant que j'avais le dos tourné,
que je célébrai ma victoire, elle en avait
profité pour se déshabiller en pensant que
ça m'aiderait. Mais j'étais comme un arbre
mort.[scène omise] C’est ainsi que les jours
passèrent. Cela faisait déjà près
d'une semaine qu’elle encombrait ma chambre d’hôtel.
Je devais me la traîner sur le dos et sur le ventre
et non sans rire, il fallait se la porter avec ses gros
os [scène omise] ! J’étais indifférent
devant son amour possessif et son envie continuelle de
baiser.
Elle
avait beau tout tenter pour me plaire, s'efforçant
de me mijoter des plats raffinés, me faisant des
cadeaux imbéciles, rien n’y fit. Je n'avais
de pensées que pour Danaé. Était-elle
seule ? Que faisait-elle? Au bout du fil, elle me dit
qu'elle s'ennuyait de moi. Je lui répondis que
je venais de suite la retrouver. Antéa a essayé
de me retenir, elle s’est agrippée à
mes pieds, elle pleurait, elle hurlait mais j’étais
décidé à rejoindre Danaé.
Quand elle m’a ouvert la porte, Danaé était
toute nue. Je l’ai soulevée du sol pour la
porter dans mes bras jusque dans sa chambre. Je l’ai
allongée sur les draps de soie. [scène omise]
Mais, j’étais dérangé par un
bruit. J’ai cru tout d’abord que c’était
les ressorts du lit qui couinaient mais ça ressemblait
davantage au crissement que fait un chiffon frotté
sur une vitre. Je me suis retourné et j’ai
vu Antéa derrière la porte-fenêtre.
Elle frottait ses mains sur la vitre. Elle s’est
laissé glisser au bas de la vitre, le visage défait.
Des larmes filaient le long de ses joues. Elle psalmodiait
mon prénom, c’est tout juste si je l’entendais
entre ses pleurs. [scène omise] Dans le reflet
de la vitre, Danaé a ouvert la bouche en grand.
Antéa souffletait comme si elle cherchait à
prévenir une crise d’asthme.[scène
omise]
Antéa
avait cessé de nous regarder. Elle balançait
son tronc d’avant en arrière, les yeux livides,
cognant la vitre avec son front. Danaé s’est
levé pour tirer le rideau. J’ai embrassé
Danaé. On a éteint la lumière. Les
coups ont cessé.
Le
surlendemain, en allant acheter à Danaé
son paquet de Gitane, je vis le visage d’Antéa
en première page du Petit Marseillais. Elle avait
été retrouvée noyée en bord
de mer. Le corps fracturé au milieu des rochers.
Elle avait dû se jeter de la falaise dans les eaux
tumultueuses l’avant-veille. Danaé et moi
n'en menions pas large. Le sentiment de culpabilité
nous tourmentait. Je regrettais de n’avoir pas témoigné
davantage d'affection pour Antéa, de n'avoir pas
feint l'amour les quelques journées que j’avais
passées avec elle. Pourquoi avait-il fallu qu'elle
vaille tant pour ne représenter plus rien quand
je l’eus toute à moi ? Parfois, quand passait
une silhouette blanche devant la véranda, Danaé
effrayée, se cramponnait à moi. Quand je
me levais pour m’en approcher, elle disparaissait
dans la nuit noire. Danaé mûrit et je fus
bien malheureux d'avoir perdu Antéa, de ne plus
pouvoir lui parler, elle qui m’embrouillait si bien
l’esprit.