Hier,
c'était ton anniversaire mais je ne suis pas arrivé
à te joindre. Alors, aujourd’hui, je te souhaite
une joyeuse fête, à retardement, le temps
que tu reçoives cette lettre. Tu me manques comme
au premier jour, c'est si bon de t'entendre. Ce doit être
parce que je t'aime, enfin, c'est juste pour te dire que
je dépéris sans toi. J'imagine que ta mère
a dû être au courant que tu avais renoué
avec moi et qu'elle t'a formellement interdit de m'appeler
te menaçant de ne pas te faire avorter et aussi
te couper les vivres, je sais pas ce qu’il en est
mais je m'inquiète.
Je
sais que malgré les apparences, tu n’es pas
la jeune femme épanouie que tu veux faire croire
à moins que tu ne sortes avec un homme en ce moment
et qu’il te rende heureuse et que tu m'aies déjà
oublié. Tant mieux alors, j'aime te savoir épanouie
tandis que si tu m'aimes tu ne peux être que malheureuse
de la distance qui nous sépare. C'est seulement
lorsque je t'écris que j'ai moins besoin d'entendre
ta voix, c'est presque comme si tu me manquais moins.
Que veux-tu! J'essaie de me satisfaire avec les moyens
du bord. Je vais te recopier ce que je t'ai écrit
cette nuit. Ca me permet de faire une lettre plus soignée,
de la reprendre, comme pour toi les mots sont importants
et comme tu dis que je parle pour ne rien dire, que mon
écriture est détestable...
Désormais,
Antéa, tu sais tout de moi. Je dois te dégoûter
puisque tu ne veux plus penser à moi. A moins que
tu me testes, que ton silence n'a pour objet que de me
faire venir près de toi. Tu crois sans doute que
je te manquerai de respect. Que je poserai ma main sur
ta cuisse, que je baisserai ta culotte ou que je te peloterai
au travers de tes vêtements.
Non, tu m'en imposes trop et même si j'ai envie
de toi tout entière, je resterais sage si tu m’invitais
à la terrasse d’un café. Je serais
déjà assez content que tu me jettes un regard,
que tu aies la larme à l'oeil. Et bien que tu aies
l'habitude de côtoyer les garçons, de coucher
avec eux, il m'arrive de penser que tu fais tout dans
le noir parce que tu sembles parfois si pudique ; comme
ce jour où tu as refusé de m’expliquer
la différence entre une serviette et un tampon.
Quand tu prends tous ces risques inconsidérés
pour te donner l’impression d’exister, je
t’admire. A l’inverse, moi qui reste enfermé
et replié sur moi-même, je m’enfonce
toujours plus dans le gouffre obscur de tes cuisses. Par
peur d’échouer avant même d’essayer,
je me déteste chaque jour un peu plus.
Sans
toi, c'est le chaos et si une autre venait me tourner
autour et que je me mette à la désirer quelque
peu, je crains de ne pouvoir lui donner qu’un semblant
d'amour à cause du souvenir persistant que j’ai
de toi. Comme tu sais si bien inspirer l'amour et abuser
un homme, j’ai peur qu’il s’en trouve
beaucoup d’autres qui succomberont.
Des tonnes de souvenirs, de lettres, de poèmes
et de nouvelles s'entassent pour te donner à penser
à moi. Si seulement, tu passais chez elle pour
les lire. Penses-tu que mes nouvelles ne sont que le témoignage
d’un amour imbécile ? Mes photos et ma voix
enregistrée que tu as délibérément
écrasée par tes morceaux de musique préférés
ne te manquent-elles pas ? Mais je ne peux plus te tromper,
tu sais quel genre de monstre se cache derrière
ce visage angélique et cette voix dévirilisée
! Je suis sans défense parce que je t'ai tout dit
et je voudrais que tu m'en dises davantage sur toi, même
si tu crois qu'en me cachant des choses, tu en auras d'autant
plus à m'en faire découvrir à l'avenir.
Adonis
et maman me demandent souvent si tu m'as appelé
et toujours, je retiens mon émotion en disant que
non, que tu ne te soucies plus de moi. Je sais que ce
n'est pas sympa de faire intervenir Danaé entre
nous et pourtant je continue pour lui faire plaisir. Si
ça se trouve, elle n'aimerait plus me sentir en
elle et toi quel effet cela t’aurait ferait de nous
surprendre quand on a fait l’amour ! Soulagée,
plutôt heureuse, n’est-ce pas ? J’aurais
voulu t’obliger à venir me voir. Et puis
hier, je ne vous ai eues ni l'une ni l'autre. Je me sens
si mal quand tu n’es pas là... à l’autre
bout du fil. Je me fais du souci pour toi et je suis trop
loin, ne serait-ce que pour te donner des ailes afin que
tu t’envoles vers moi. On se reverra bien quelques
fois durant notre vie, tu crois pas ?
Et
même si je finis en vieux célibataire amolli
par toutes celles qui auront compté pour du beurre,
promets-moi que même si tu n'as plus de dents et
une bouée autour de la taille, tu me rejoindras
dans l'hospice des vieux et qu'on fera jaser tout autour
de nous. Il suffit que ce soit toi avec moi et le monde
m’apparaîtra comme au premier jour que je
t’ai aimée.